Sur la Route des Vignobles, premier 1000…

 

 

Mais qu’est-ce qui m’a pris ?

J’aime bien les sorties longues à vélo. Mais plutôt 200 km par jour max, histoire de faire de vraies nuits, profiter du paysage, et déguster bières et terrines entre copains. Franchement, se priver de sommeil pour faire 1000 bornes, manger ce qu’on trouve et se faire mal, très peu pour moi.

Et puis…

Et puis il y a eu la flèche Paris-Nantes, ma première nuit sur un vélo. Comme le dit Thierry, on a bien « rempli la boîte à souvenir » entre amis. Finalement, une nuit sur un vélo, c’est pas le bout du monde ; ça peut même être sympa.

Et puis Vincent a entraîné des copains du VCBN pour préparer le Paris-Brest-Paris 2027.

Et puis je ne pouvais décemment porter la gapette de l’ACP sans avoir tâté à la «vraie» longue distance.

Et puis il y a eu ce week-end des Marais Blancs durant lequel François m’a vanté son BRM1000. On ne refuse rien à François, c’est tellement un chic type.

       

                          C’est la ronde de nuit… Les marais blancs, the point of no return

Alors voilà, je me suis inscrit.  Et Olivier aussi, peu de temps après.

Et là, gros malin, tu ne peux plus faire machine arrière, hein…

Diziplin, diziplin

1000 km ça ne s’improvise pas. Il a fallu bosser durant toute l’année pour préparer

En fond, au moins une sortie de 200 km chaque mois. En Janvier ce furent les Marais Blancs. Pour la suite, je dois remercier José qui organise DDX du VC Neuilly. Grâce à lui, l’objectif mensuel est devenu un rituel bien sympa, en bonne compagnie et  sur des parcours aux petits oignons.


En avril, le BRM300 de Chartes avec le VCBN.

En juillet, le BRM400 de Saint Herblain. Désolé Olivier, on devait faire ensemble celui de l’ACP en mai mais j’étais au lit avec une bronchite…

Fin Juillet, un peu de montagnes corses pour se préparer aux côtes avec vélo chargé.

Et, début août, deux semaines de vie quasi monacale : 8h de sommeil par nuit mini, pas une goutte d’alcool, que des repas équilibrés. Il faut savoir faire des sacrifices parfois !  

BRM300 de Chartes. - On est beaux, non ?  - Non.



Le matos


Evidemment, j’ai fait la route avec mon fidèle spad (« ma maîtresse », dixit Lucile), ce titane dont je peaufine les réglages et les périphériques depuis 10 ans. Pour éviter tout pépin mécanique, j’avais remplacé à neuf les éléments un peu fatigués : boîtier de pédalier, pédales, pneus, chambres, plaquettes de freins.

Pour l’équipement, j’ai fait dans le léger car nous ne comptions pas bivouaquer : un change pour le soir, une trousse de toilette minimaliste. Pas de change cycliste, on lave le soir. Deux bidons maxi format (parce qu’il risquait de ne pas y avoir d’eau dans les cimetières), et quelques provisions pour la première nuit. Une sacoche de guidon et une sacoche de selle ont suffi.


 

La tacatactactique du gendarme

Ce qui est bien, c’est qu’avec Olivier on a déjà pas mal roulé ensemble ; on se connaît, et, lucky me, il est plus costaud que moi et d’une solidarité à toute épreuve…

Nous avons établi une tactique de route nous permettant de finir les 1025 km du tracé dans les délais (75 h) et dans un état correct.

Le départ étant mercredi soir à 18h, nous avons décidé de rouler toute la nuit puis la journée du jeudi, pour dormir à l’hôtel à Libourne à mi-parcours. Pour le retour, nous visions une journée de roulage un peu plus longue le vendredi que le samedi. Et une vraie nuit entre les deux.

Nous avons réservé les hôtels au jour le jour et non à l’avance, pour ne pas nous mettre la pression du temps, n’étant pas certains de pouvoir tenir le rythme. Rythme que nous imaginions être d’un peu moins de 25 km/h roulant, et 20 km/h en comptant les pauses. Ça faisait 50 heures de route, il restait 25 heures pour les deux dodos. Jouable !

 

km 0 : Here comes the Drain again

Olivier a une réputation de chat noir qui lui colle aux basques : à chacune de ses sorties longues, il pleut ! Et pour le coup, l’arrivée à Mayenne, l’accueil par les bénévoles du CCM (au top), et le briefing par François se sont faits sous un vrai déluge.

        

                     Le briefing en veste de pluie c’est parti sous le soleil !

Et puis, miracle, à 18h, la pluie a cessé, et les premiers tours de roues se sont faites au sec, dans un joli paysage vallonné. Boostés par l’excitation, nous partons assez fort, nous mettant dans un groupe de 6 qui, à la tombée de la nuit, un peu après 21h, a déjà parcouru 90 km.

28 km/h, c’est un peu au-dessus de notre plan de route, ça. Il va falloir se calmer.

 

Km 90 : This is the rhythm of the night

Le rythme baisse naturellement avec la nuit.

La mienne a été étonnamment facile, grâce sans doute à un bon crédit de sommeil au départ, et une météo favorable. Par ailleurs, nous avons roulé en groupe la majeure partie de la nuit. On profite de l’aspiration, et c’est moins dangereux  : les (rares) voitures vous voient mieux, et on est collectivement plus vigilants. Enfin, je m’étais bien nourri d’une grosse salade de pâtes vers 14h, et les bananes et sandwichs Saint Moret / jambon / emmental c’est parfait pour mettre de l’essence dans la machine.

    

Après avoir pointé vers minuit au premier Checkpoint (le Layon, km 149) avec un groupe fourni, nous décidons de le laisser partir : Olivier a besoin de remplir ses bidons dans un cimetière et, décidément, le rythme est un peu trop élevé.

 

km 286 : mon royaume pour un croissant aux amandes


Nous arrivons au checkpoint du marais Poitevin (km 286) à 6h43, en rêvant de croissant aux amandes et de café, mais la boulangerie est encore fermée… nous passons donc notre chemin. Pour réaliser rapidement que la prochaine, c’est dans plus de 30 km ! Petit coup de mou, notamment pour Olivier qui a apparemment moins bien passé la nuit que moi. On fait une pause petit déjeuner improvisée : derniers sandwichs, boisson aux électrolytes et… l’arme secrète, les powerballs, une bombe énergétique qui vous fait repartir n’importe quel cyclo fringaleux. Je m’octroie une sieste flash sur un banc public, et nous repartons


Désormais, nous croisons d’autres BRMiste au fil des arrêts des uns et des autres, mais plus de gros pelotons : chacun fait les choses à son rythme.

Après une halte appro / collation dans un supermarché, un vrai déjeuner et une sieste flash à Cognac (km 392). En fin de journée, la route devient un  peu monotone, au milieu de la forêt, et surtout bien casse-pattes. Nous sommes soulagés de voir les premiers vignobles, et d’arriver au Checkpoint de Pomerol (km 507), l’objectif de la journée. Ça, c’est fait !

        

A Libourne, nous prenons notre temps avant de rejoindre l’hôtel : appro au Carrefour du coin, puis dîner en terrasse au centre-ville. Sans surprise, l’hôtel Ibis budget est blindé de cyclos qui ont pris la même option que nous. Douche, lessive, et au lit ! demain sera un autre jour.

 

Km 520 : Je suis le roi du monde !

Rouler 500 km sans dormir, j’avais déjà fait (ou presque : 460 km). Ce vendredi matin, c’est terra incognita. Et là, divine surprise : au réveil à 5h30, je me sens une pêche d’enfer. Pas une courbature. Rien. Nib. Nada. Nichts. Aux premiers tours de pédales, je me sens invincible : ça y est, je sais. Je suis capable d’aller au bout !

Peu après la sortie de Libourne, nous rencontrons Pascal, et roulons de conserve le long de l’estuaire de la Gironde, dans les côtes de Blaye. C’est splendide. Les averses copieuses confirment qu’il n’y a pas d’Olivier sans pluie, et donnent des ciels magnifiques. Nous retrouvons en chemin Jean-Louis, un ACPiste avec qui nous avions roulé une partie de la nuit de mercredi.

Bien nous a pris de nous grouper : nous arrivons sur une portion complètement plate, avec un vent violent de ¾ face ! Super organisés, nous passons la difficulté sans y laisser trop d’énergie. Mais nous réalisons rapidement que nous n’avons pas le même plan de route : Pascal et Jean-Louis roulent plus fort que nous, et font des pauses plus nombreuses et plus longues car ils comptent passer une nouvelle nuit sur le vélo. Après un déjeuner / appro, nous nous séparons donc.

                

                  Pascal dans les côtes de Blaye                               Tonnay-Charentes : notre quatuor va se séparer

A nouveau en duo, nous roulons molo l’après-midi et au début de la nuit, pour ne pas finir carbonisés.

 

km 810 : le  coup du « caravane cocooning »

Nous sommes en train de dérouler notre plan de route sans faille. Tout va bien.

Il y a un seul hic : aucun hôtel ou B&B autour du km 800 où nous voulons faire halte. Seule option disponible : une caravane échouée dans le jardin d’un particulier. Pas d’eau chaude, toilettes sèches, douche en panne. Pas grave, on fait la meilleure toilette de chat de notre vie, et on va se coucher. Je laisse le lit à Olivier et j’opte pour le matelas pneumatique qui me permet d’étendre les jambes.

           

Caravane cocooning, le logement *****

Manque de bol, la température chute durant la nuit, le froid remonte depuis le plancher. Je passe la nuit à lutter contre le froid, et je me réveille bien vaseux.

Il ne reste « que » 235 km (oui, le parcours fait plus que 1000 km et on fait quelques détours), mais il va falloir gérer. Et c’est là que mon sauveur apparait en pleine gloire : Olivier. Il ne prendra qu’un relais durant cette dernière journée, mais un relais de 230 km !

 

Km 860 : Clisson, la meilleure boulangerie du monde

Nous admirons le lever du soleil durant les deux premières heures de cette dernière journée, avant d’arriver à Clisson, magnifique cité médiévale, qui par ailleurs abrite une excellente boulangerie. Nous y faisons une orgie de flans, cookies, croissants aux amandes, café… Ça fait longtemps qu’on a fait un vrai repas !

      

                    Sur le vélo dès potron-minet                                                                    Clisson

Nous mettons une focaccia dans la poche au cas où, et repartons ragaillardis. Pas le temps de passer par le site du Hellfest pour nous recueillir devant les statues de Ozzy et Lemmy. Prochaine halte prévu : Challain la Potherie, km 950, où Olivier a repéré un supermarché. Ce sera la dernière halte ravito du périple, il fait beau, nous sommes fatigués mais avons une bonne marge horaire (de l’ordre de 3h).  Aujourd’hui, nous avons décidé de gérer les pauses de façon plus rigoureuse : plus nombreuses si il le faut (pour Olivier, travaillé par une indigestion, et pour moi, qui roule en mode «éco» ), mais aussi brèves que possible.

Tudo bem !

 

km 950 : Challain la Potherie, l’épreuve de vérité

Cruelle déconvenue arrivés à Challain la Potherie : le supermarché n’existe pas, et la seule épicerie du village a fermé. On a faim !

Nous rencontrons alors un camping-cariste qui assure la logistique d’un participant. Il vient taper la discute et nous plaint de nous trouver aussi démunis. Le c…, il ne lui viendrait pas à l’idée de nous proposer quelque chose à manger ??? Je vois des envies de meurtre dans les yeux d’Olivier, pourtant la bienveillance incarnée.


Pas possible de repartir tout de suite. Il faut manger. Il nous reste les focaccia de la boulangerie pour remplir l’estomac, des power ball pour l’énergie et, miracle : pour la gourmandise, des wraps Daunat qui maturaient dans la poche de mon maillot depuis la veille. Nous partageons tout cela, une petite sieste flash et c’est parti pour le round final. Nous avons toujours plus de 2h de mou pour finir.


le délice du BRMiste affamé


 


km 1010 : Laval qui rit !

Nous gérons la route pépouze jusqu’à Laval, en faisant une pause photo pour immortaliser le passage des 1000 km sur nos Garmin. Ça y est, on tient le bon bout : nous arrivons à Laval vers 17h, il nous reste donc 4 heures pour parcourir les 35 derniers kilomètres du parcours. Nous en profitons pour musarder un peu, profiter de cette très belle ville, boire une bière en terrasse et déguster quelques très bonnes pâtisseries vegan.

          

François est un petit sacripan : pour la fin du parcours, il est allé chercher toutes les bosses qui existent entre Laval et Mayenne. Pô grave, on sait qu’on va finir, on a la banane !


km 1046 : Finisher !

Ca y est, nous y sommes : 1046 km bouclés en moins de 75 h ! Rappelons que c’est un brevet, le temps écoulé ne compte pas, juste le fait de finir sous la barre fatidique.

De nombreux bénévoles applaudissent l’exploit. Ce sont plutôt eux qu’il faut applaudir : des heures carrées passées à reconnaître le parcours, enregistrer les participants, animer le cercle WhatsApp, et assurer une permanence sur place pour accueillir les arrivants ! L’orga était vraiment au top, avec notamment l’appli de pointage chronokey qui permettait de partager sa progression.

    

                  Mais où est Charlie ?                                              Photobière !

Nous passons un moment à discuter, avant d’aller la photobière bien méritée, une douche, et une pizza monumentale.

Si vous voulez flatter mon ego, ma sortie strava est là : BRM1000 la route des Vignobles avec Olivier | Vélo | Strava

Que retenir de tout cela ?

Tout d’abord 3 jours hors du temps, à partager la même passion avec des cyclistes venus se mesurer à eux-mêmes, dans une belle ambiance d’entraide, bien différente de ce qu’on peut trouver sur une cyclosportive.

Ensuite, la satisfaction d’être arrivé au bout de l’objectif, en se sentant tout du long en maîtrise du sujet, sans jamais se faire mal, et en profitant du plaisir de rouler.

Mais aussi une certaine frustration. Même si on ne roule pas vite, le rythme est soutenu, on dort peu. L’attention est en permanence tournée vers l’atteinte du but, l’écoute de son corps, la gestion du temps et la logistique, et pas assez sur le chemin lui-même. Pas assez de temps pour prendre des photos, de faire des détours, de rester discuter dans les bistros…

Mais ce qui restera avant tout, c’est le plaisir d’avoir fait tout cela à deux, solidaires et souriants d’un bout à l’autre, y compris lors des coups durs. Clairement, sans Olivier et son aide le dernier jour, je n’aurais pas fini, on en tous cas pas dans les temps.

 


What’s next ?

Faisons un peu de maths.

Si j’examine ma progression depuis mon premier 100 km, j’ai grosso modo augmenté ma distance max de 9% chaque année.

A supposer que je continue sur ce rythme, je devrais être finisher de la Transcontinental Race en 2044,à l’âge de 78 ans. Belle perspective…

Avant cela, il y a Paris-Brest-Paris, 1200 km. Selon ma règle de progression, ce devrait être pour 2028. Allez, 2027, c’est envisageable.

 

 

Les résultats passés garantissent-ils les performances à venir ?


Mais en ai-je vraiment envie ? Est-ce que j’ai attrapé le virus, ou est-ce que j’ai été vacciné ? J’ai quelques mois pour répondre…

 


 

 

Les leçons tirées

L’expérience est une lanterne qui éclaire celui qui la porte, et chacun vit son BRM à sa manière mais tant pis : je me permets de donner quelques conseils.

·       L’alcool c’est mal. Mes 2 semaines de sevrage pré-BRM ont indiscutablement amélioré mes performances et le plaisir de rouler

·       Aucun ego. Ne jamais chercher à coller à un peloton plus fort que soi. Ne serait-ce qu’un poil plus fort. Ça se paie cash plus tard

·       S’écouter, et être à attentif à n’importe quel signal envoyé par son organisme. Sauf si c’est intenable, éviter les antalgiques : la douleur est une information !

·       Ecouter son compagnon de route.

·       S’attendre à avoir mal à un endroit imprévu. Pour ma part ça a été des problèmes de circulation sanguine dus à un léger défaut de conception de mes semelles, apparus après 500 km.

·       Etre en permanence en avance sur son rythme moyen : cela réduit la pression du temps

·       La gestion des pauses, c’est primordial. Il faut éviter qu’elles s’éternisent. 5 minutes d’arrêt per heure en plus, ça nécessite de rouler à 2 km/h de plus…

·       Avoir toujours sur soi un repas complet, pour parer à tout aléa d’ouverture des commerces

·       Les power balls c’est de la balle. De l’énergie concentrée, ça nous a sauvé la mise plusieurs fois lorsqu’on ne respectait pas le précepte précédent. Il faut juste avoir beaucoup d’eau pour faire passer. Ici la recette de celle que nous avions sur nous (cajou, dattes, beurre de cacahuètes – recette de Soumoulou le Hibou) : https://zon.blue/index.php/2023/03/14/fabriquer-des-power-balls/

·       Une playlist c’est bien pour passer les coups de mou, notamment la nuit. Attention, avec un casque à conduction osseuse ! De la musique rythmée mais pas trop c’est bien. Pour ma part un mix reggae / dub / electronica

·       Sourire, c’est  bon pour la santé

 

Voilà. A bientôt sur le vélo !